culture et fêtes

La fête de l’indépendance d’Haiti et son histoire

Chaque 1er janvier la nation haïtienne fête son indépendance.

Quelle est la signification de cette fête pour nos collègues haitiens.

  1. Le contexte colonial
  2. Le contexte économique et juridique vers l’indépendance haitienne
  3. La révolution haïtienne
  4. La dette de l’indépendance : Une compensation aux propriétaires d’esclaves
  5. L’histoire de la dette de l’indépendance
  6. Les conséquences de l’endettement sur le développement économique d’Haiti
  7. L’ingérence occidentale sur la gouvernance d’Haiti
  8. La ‘’soupe Joumou’’ un met historique

1-Le contexte colonial :

Le 12 octobre 1492, Christophe Colomb foula le sol de l’île qu’il nommera Hispaniola. Ce moment marquant ne doit pas être sous-estimé, car il signait l’ouverture d’une ère d’exploitation coloniale. À l’époque, l’île était habitée par les Taïnos, une population autochtone qui vit rapidement son mode de vie bouleversé. La colonisation espagnole entraîna des catastrophes pour ces peuples, dont la réduction à un nombre alarmant.

En 1660, à la suite des traités, la France prend progressivement le contrôle de l’île. En 1670, la création de Cap-Français devient un symbole de la puissance coloniale française sur Hispaniola. Haïti, connue alors comme Saint-Domingue, se transforme en une puissante colonie, surtout grâce à l’industrie du sucre. Cependant, cette prospérité est bâtie sur le dos d’un système esclavagiste brutal.

 

2-Le contexte économique et juridique vers l’indépendance haitienne

Le système économique de la France coloniale était un facteur important pour justifier cette révolution. En effet, la France empêchait le développement d’une économie locale et lui imposait un monopole dont l’objet était l’enrichissement de la haute bourgeoisie française.

Un élément additionnel est la brutalité des lois coloniales envers les esclaves noirs.

Le Code noir de 1685 permet les châtiments corporels pour les esclaves, y compris des mutilations comme le marquage au fer, ainsi que la peine de mort (articles 33-36, et article 38) : tout fugitif disparu pendant un mois (marronnage) aura les oreilles coupées et sera marqué d’une fleur de lys avant d’avoir le jarret coupé en cas de récidive, et condamné à mort à la deuxième récidive. L’esclave a le statut juridique d’un bien meuble (art. 44).

Un texte de l’auteur haïtien Pompée Valentin, reproduit en traduction libre ci-dessous, illustre le traitement réservé aux esclaves dans les plantations haïtiennes :

“Ne les ont-ils pas pendus la tête en bas, les ont-ils noyés dans des sacs, les ont-ils crucifiés sur des planches, les ont-ils enterrés vivants, les ont-ils écrasés au mortier ?

Ne les ont-ils pas forcés à consommer les excréments ?

Et après les avoir écorchés à coups de fouet, ne les ont-ils pas jetés vivants pour être dévorés par les vers ou les fourmilières, ou ne les ont-ils pas attachés à des pieux dans le marais pour être dévorés par les moustiques ? Ne les ont-ils pas jetés dans des chaudrons de sirop de canne à sucre bouillant ?

N’ont-ils pas mis des hommes et des femmes dans des tonneaux constellés d’épines et les ont-ils roulés le long des flancs des montagnes jusque dans l’abîme ?

N’ont-ils pas livré ces misérables noirs aux chiens qui se nourrissent d’hommes, jusqu’à ce que, rassasiés de chair humaine, ils laissent les victimes déchirées pour les achever à coup de baïonnette et de poignard ?”

3-La révolution haïtienne 

C’est en 1791 que le vent de la révolte commence à souffler sur Haïti. Inspirés par les idéaux de la Révolution française, les esclaves et les libres de couleur, sous la direction de figures emblématiques comme Toussaint Louverture, s’opposent au joug français.

Les historiens situent traditionnellement le départ de la révolution lors de la cérémonie vaudoue du Bois-Caïman4, en août 1791.

Suivent treize années de conflit armé qui entraînent des dizaines de milliers de morts et l’émigration massive de quasiment toute la population blanche de la colonie, mais permet l’abolition de l’esclavage dans la colonie française de Saint-Domingue.

Après l’échec de l’expédition française visant à rétablir l’esclavage et le contrôle de la France, la révolution aboutit à l’établissement en 1804 d’Haïti comme première république noire indépendante, les Haïtiens devenant ainsi le premier peuple noir libre du Nouveau Monde.

Cette victoire a des répercussions non seulement pour les esclaves mais aussi pour le monde entier, démontrant que le désir de liberté est plus fort que toutes les chaînes.

4-La dette de l’indépendance : Une compensation aux propriétaires d’esclaves

Pour se venger de la violence commise envers la population esclavagiste blanche, les puissances coloniales vont refuser de reconnaître l’indépendance du peuple haïtien jusqu’en 1825.

Le 17 avril 1825, le président haïtien Jean-Pierre Boyer signe un accord avec le roi Charles 10 de France. L’accord promettait à Haïti la reconnaissance diplomatique française en échange d’une réduction tarifaire de 50 % sur les importations françaises – et d’une compensation de 150 millions de francs (environ 21 milliards de dollars aujourd’hui), payables en cinq versements. Ce montant astronomique visait à compenser les propriétaires d’esclaves pour leurs pertes.

Et si le gouvernement haïtien ne signait pas l’accord, le pays resterait non seulement isolé diplomatiquement, mais serait également bloqué par une flotte de navires de guerre français déjà au large des côtes haïtiennes.

5-L’histoire de la dette de l’indépendance

Les 150 millions de francs d’or équivalaient au revenu annuel du gouvernement haïtien multiplié par 10.

Haïti a donc dû contracter un emprunt pour payer la première tranche. C’est ainsi qu’a officiellement commencé ce qu’on appelle la dette de l’indépendance.

Une banque française a prêté à Haïti 30 millions de francs – la valeur du premier versement – ​​et a automatiquement déduit 6 millions de francs de frais.

Avec ce qui restait, soit 24 millions de francs, Haïti a commencé à payer des réparations à la France, ce qui signifie que cet argent est passé directement des caisses de la banque française au trésor français.

Haïti devait alors 30 millions à la banque française, et 6 millions supplémentaires au gouvernement français pour le montant manquant du premier versement.

Ce fut une spirale sans fin pour rembourser une immense dette qui, même lorsqu’elle fut réduite de moitié en 1830, était trop élevée pour le pays des Caraïbes.

Depuis lors, Haïti a dû emprunter auprès des banques américaines, françaises et allemandes à des taux d’intérêt exorbitants, qui ont compromis l’essentiel du revenu national.

Enfin, en 1947, Haïti finit d’indemniser les propriétaires de plantations de la colonie française qui était la perle des Antilles.

Il a fallu 122 ans au pays pour rembourser sa dette liée à l’indépendance.

Haïti est la seule nation où les descendants d’esclaves ont payé des réparations aux héritiers de leurs anciens maîtres — et ce pendant des générations.

6-Les conséquences de la dette de l’indépendance sur l’économie haïtienne

On évalue que le coût économique de cette dette aurait au final coûté au moins 21 milliards à la société haïtienne. Sinon beaucoup plus.

En effet, si cet argent était resté en Haïti, il aurait pu être investi dans des ponts, des écoles et des hôpitaux — autant d’investissements qui portent leurs fruits à long terme et stimulent la croissance d’un pays.

Pendant que d’autres nations construisaient des fondations solides pour leur avenir, Haïti était embourbé dans une dette sans fin.

7-L’ingérence occidentale sur la gouvernance d’Haiti

L’intervention militaire américaine en 1915, sous prétexte de restaurer l’ordre, a marqué un tournant. Haïti a été occupé pendant 19 ans, et cette occupation a laissé des cicatrices profondes.

Loin d’aider à renforcer la démocratie, les États-Unis ont parfois soutenu des régimes corrompus ou répressifs, tant que ces derniers servaient leurs intérêts.

Ainsi, à plusieurs reprises, des gouvernements haïtiens illégitimes ont été maintenus en place grâce au soutien occidental, au détriment du peuple haïtien.

8-Recette traditionnelle de la soupe joumou (6 à 8 personnes)

Ingrédients

Base

  • 1 gros giraumon (ou courge musquée / butternut)
  • 1 kg de bœuf (jarret ou poitrine), coupé en morceaux
  • Le jus de 2 citrons verts
  • 3 c. à soupe d’huile
  • 2 litres d’eau ou de bouillon

Légumes

  • 2 carottes, en rondelles
  • 1 navet, en gros dés
  • 1/2 chou, grossièrement haché
  • 2 branches de céleri
  • 1 poireau ou 1 oignon vert
  • 1 oignon, émincé
  • 2-3 pomme de terre, en gros dés
  • 100 g de pâtes courtes (macaronis ou spaghetti cassés)

Assaisonnements

  • 3 gousses d’ail, écrasées
  • 1 bouquet garni (thym, persil)
  • 1 clou de girofle
  • 1 piment scotch bonnet entier (facultatif mais authentique — ne pas percer !)
  • Sel et poivre au goût

Préparation

  1. Mariner la viande
    Rincer le bœuf au citron, puis le faire mariner avec l’ail, le sel, le poivre et un peu de thym pendant au moins 30 minutes (plus, c’est mieux).
  2. Cuire le giraumon                                                                                                        Couper la courge en gros morceaux. La faire bouillir dans une bonne quantité d’eau jusqu’à ce qu’elle soit très tendre, ensuite retirer la peau, puis la réduire en purée lisse dans le mélangeur (malaxeur) avec son jus. Mettre de côté en attendant l’étape d’assemblage.

Attention: À l’étape de couper la courge, pour éviter de se couper, ne pas peler la courge et la cuire avec la peau. Lorsque la chair est tendre, retirez la peau avec une cuillère.

  1. Cuire la viande
    Dans une grande marmite, chauffer l’huile, faire revenir la viande quelques minutes. Ajouter l’eau ou le bouillon, le bouquet garni et le clou de girofle. Laisser mijoter (feux moyen) environ 1h à 1h15, jusqu’à ce que la viande soit tendre.
  2. Assembler la soupe
    Quand la viande sera bien cuite, ajouter tout les légumes, sauf les pâtes et le piment entier. C’est maintenant qu’il faut rajouter la courge en liquide qu’on avait réservé à l’étape 2. Bien mélanger et vérifier les assaisonnement (sel d’ail, sel d’oignon, poivre ou autre épice) en goûtant la soupe.
  3. Finition
    Laisser cuire 20 à 25 minutes. Ajouter les pâtes en dernier et cuire encore 10 minutes. Ajuster l’assaisonnement. Retirer le piment avant de servir. Si la soupe est trop épaisse, veuillez ajouter de l’eau.

La soupe joumou se cuisine lentement, se consomme toute la journée du premier janvier, se partage largement et se sert chaude — comme la mémoire collective. Chaque cuillère raconte une histoire de dignité arrachée, de solidarité et de résistance. Et ça, aucune domination ne peut l’effacer.