Quand la justice cherche à être vraiment juste

On entend parfois dire que si un juge tient compte de l’origine culturelle d’une personne au moment de donner une peine, ce serait créer une justice à deux vitesses. Mais est-ce vraiment le cas ?
Imagine : certaines personnes ont des avantages sans même s’en rendre compte – parce qu’elles sont belles, riches, ou bien connectées. Personne ne remet ça en question. Mais quand il s’agit de tenir compte des désavantages, là, on dit que c’est injuste.
Dans cette vidéo, Farnell Morisset explique simplement pourquoi regarder le parcours d’une personne – son vécu, les obstacles qu’elle a subis – ce n’est pas lui donner un passe-droit. C’est au contraire une manière d’équilibrer les choses pour que la justice soit vraiment juste.
‘’ Une première évaluation de l’impact de l’origine ethnique ou culturelle d’un criminel avant sa sentence a eu lieu au Québec, ce qui soulève plusieurs questions et émotions. Merci à l’équipe de @blvd1021 de m’avoir invité pour en parler. (Il s’agit d’un sujet très complexe et je donne une description sommaire et simplifiée – si vous avez des questions sur une situation particulière, parlez à un avocat.)’’
Bon visionnement!

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En complément, lecture intéressante sur le contexte scientifique qu’on ne veut pas voir.
Littérature scientifique et racisme systémique : Rétablir les faits
On vous partage une récente publication de la Dr.Marie-Eve Cotton qui répondait à M.Bock Côté et sa campagne de manipulation intellectuelle persistante pour alimenter la peur, le préjudice et la division. Attention, elle est rigoureuse.
‘’Je vous raconte où je me situe par rapport au racisme systémique. En 2002, après ma résidence en psychiatrie, j’ai fait un fellowship (surspécialité) en psychiatrie sociale et transculturelle. Il s’agit d’une discipline qui étudie l’impact des déterminants sociaux sur la santé mentale et qui se situe à l’intersection entre la psychiatrie et la sociologie. Le racisme systémique était déjà une notion scientifique bien documentée et parfaitement reconnue, à l’époque. Il a donc fait partie de ma formation.
Depuis, comme tout médecin, j’ai l’obligation, encadrée par les Collèges de md du Qc et du Canada, de me tenir scientifiquement à jour dans le domaine de ma spécialité et de ma surspécialité, que j’enseigne aux étudiants. Rien, dans le domaine scientifique, depuis 2002, n’a invalidé la notion de racisme systémique. Au contraire, de nombreuses études scientifiques et enquêtes sociales supplémentaires en sont venues à cette conclusion. Au Québec, on n’a qu’à penser à la Commission Viens sur le rapport entre les Autochtones et les services publics, dont le racisme systémique est l’une des principales conclusions. Le Collège des md du Québec a d’ailleurs fait une sortie publique pour souligner l’importance de le reconnaître.
Ni le juge Jacques Viens, ni le Collège des médecins du Québec ne sont des adeptes de théories du complot ou des idéologues d’extrême-gauche. Pas plus que tous les scientifiques qui documentent ce problème social depuis des décennies. Et comme psychiatre auprès de la population inuite, j’ai pu constater les répercutions très concrètes du racisme systémique dans la vie et la santé de mes patients.
Ce qui s’est passé, au cours des dernières années, c’est que cette réalité ultra documentée scientifiquement est devenue politisée par des idéologues d’extrême-droite pour empêcher la reconnaissance et la correction des inégalités systémiques, nourrir un discours de suprématistes victimaires et alimenter un sentiment anti-immigration. La science, elle, n’a pas bronché. Les propos de MBC se feraient démolir en 2 minutes dans n’importe quel congrès de sociologie ou de psychiatrie sociale, et ils ne seraient jamais publiés dans une revue scientifique.
Ce courant idéologique est particulièrement fort au Québec. Paul St-Pierre Plamondon, après avoir reconnu le racisme systémique dans feu sa carrière de progressiste, a adopté le discours de l’idéologue populiste Bock-Côté à ce sujet. Il a qualifié le racisme systémique d’idéologie de la gauche radicale quelques jours seulement après la sortie du Collège des md du Qc à ce sujet. Faut le faire!
Pour comparaison, en Ontario, même le très conservateurs Doug Ford a reconnu le racisme systémique il y a de cela… 5 ans! Pour moi qui suis dans le domaine scientifique à ce sujet, je trouve que les discours de PSPP, de Legault et de nos chroniqueurs d’extrême-droite à ce sujet donnent des Québécois l’image de gens attardés, fermés et pas très futés.
Observons attentivement ce qui se passe aux É-U en ce moment, car il y a tout ce qu’il faut, chez certains de nos politiciens et de nos chroniqueurs, pour finir par en arriver exactement aux mêmes dérives d’extrême-droite et à la même violence envers les immigrants et les Autochtones.